
En fait, le titre dit pas mal tout...
Montréal, Festival de musique Osheaga, 3 août 2008. L'idée derrière les 73$ qu'ont coûté les billets, c'était de vivre nos 15 minutes de gloire en voyant le show d'Iggy Pop d'aussi près que possible, question de compter les rides du bonhomme.
Iggy moins 2h: Un band de funk interminable joue sur la scène. Charlotte fait la réflexion que le funk, c'est nul. On est tous d'accord.
Iggy moins 1h40: En tant que filles bien préparées, on va aux toilettes pour pas avoir envie de pipi pendant le show.
Iggy moins 1h30: Les funkeux finissent leur bruit, Claire et moi on se précipite à l'avant-scène, les trippeux-de-funkeux déguerpissent, nous on prend leur place, et on se retrouve appuyées sur la petit clôture en métal, à 3 mètres de la scène, front row. On écarte les bras en s'appuyant et on appuie les genoux bien solidement sur le métal (technique ISO 12678) pour pas se faire tasser, et voilà, reste plus qu'une heure et demie à attendre sans bouger l'arrivée de Dieu. On aurait dû se douter de quelque chose alors qu'il n'y avait autour de nous que des métalleux aux cheveux longs avec des chandails de Def Leppard, des gars saouls avec des gros ventres et des chemises de bûcherons et des punkettes simili-gothiques, mais à l'époque, on était juste contente d'être là.
Iggy moins 1h23: On demande à un gardien de sécurité s'il pourrait pas mettre nos sacs de l'autre côté de la clôture, en sécurité sous une marche, parce qu'on commence déjà à se sentir à l'étroit. On en profite pour spotter les bouncers qui sont les plus susceptibles de pouvoir nous sauver si on se fait écraser par la foule en délire. Claire choisit le boeuf blond qui lui fait du eye contacts, moi le sosie d'Obama (avec 20 kilos de muscles en plus).
Iggy moins 40 minutes: Il y a des amis de Claire qui viennent se mettre en arrière de nous, des geeks de musique qui auraient probablement pu nous dire le nom du chien de la soeur du gars qui connaissait le roadie d'Iggy. Ils en avaient contre les hipsters qui regardaient le show de Cat Power à la scène d'à côté, et si alors je ne savais pas c'était quoi des hipsters, j'ai compris que la gang de punks saouls à moitié morts à côté de nous n'en étaient pas.
Iggy moins 37 minutes: Claire et la fille à côté organisent un plan B, au cas où le gars qui est assis en boule complètement K.O. en position je-capote-full commence à vomir: l'appuyer sur la clôture et tenir sa tête en direction de l'autre côté.
Iggy moins 30 minutes: Les geeks de musique qui, honnêtement, doivent peser à eux deux moins que moi toute seule, nous promettent de faire une barrière avec leurs corps pour nous protéger. Un genre de mur du son, version ultra cheap.
Iggy moins 10 minutes: Cat Power est terminé, c'est à notre tour de faire un soundcheck. Claire m'explique toutes les stratégies sonores qu'il y a à connaître. C'est cool de se tenir avec une ancienne band manager. Le gars mi-mort se réveille et fait des petits sourires innocents à Claire. La foule est fébrile.
Iggy moins 8 secondes: Délire total, les Stooges entrent sur scène un par un. La foule se ressert lentement sur nous.
Iggy, temps zéro: Iggy Pop entre sur scène, torse nu, en jeans moulants. Claire et moi on hurle comme des pré-adolescentes de 14 ans dans un spectacle de boysband, mais on ne s'entend même pas crier tellement tout est surréalistement fort autour de nous. En moins de temps qu'il n'en faut à Iggy Pop pour commencer sa première chanson et faire semblant de se branler sur un ampli, un des frêles membres du mur du son à laissé tomber son rôle de protecteur pour essayer de me voler ma place sur la barrière. Il finit par se mettre à côté de moi et fait dévier tous les spectateurs transformés en monstres dans mon dos. Je visualise son corps déchiqueté par des hyènes.
Iggy, plus 2 minutes: J'ai l'impression de jouer à une version hardcore du jeu des planètes pour pouvoir garder ma place. Iggy Pop se donne à fond, la foule aussi. Claire et moi on est hystériques de bonheur, mais je ne suis pas sûre si c'est à cause d'Iggy ou si c'est la fierté enivrante de tenir encore debout.
Iggy, plus 4 minutes: On hurle Now I wanna be your dog tous en choeur, on répond avec des signes de devil à un Iggy langoureux qui nous lance dans un mauvais français: J'ai besoin amour..., puis débute le majestueux sketch du "je fais semblant que mon micro est en érection à travers ma fly" (sketch, d'ailleurs, dans lequel on a entrevu qu'Iggy s'épilait de partout. Merci, front row). Il se tortille, il saute, il se déverse des bouteilles d'eau sur le corps, il est juste trop top. Il descend entre la clôture et la scène, à quelques mètres devant nous, se roule par terre en faisant semblant de se masturber (bis), laisse la foule le caresser, je réussis à tasser le bras d'une hystérique et toucher son fil de micro (ouais, bon, je sais...). Je plane sur le rock and roll alors que les bodysurfers se font ramasser un par un par Obama et Beefman. Je repousse le monde comme je peux pour ne pas mourir écrasée, je crois même que c'est la première fois en 25 ans que je frappe quelqu'un (une folle qui me tirait les cheveux en beuglant).
Iggy, plus 18 minutes: Sur l'air de Real Cool Time, Dieu invite ses fidèles à briser les barrières et à venir le rejoindre sur scène. Je n'avais jamais eu l'occasion d'utiliser l'expression marée humaine auparavant, et à voir ce que j'ai vu dimanche soir, je crois que personne n'a jamais vraiment eu l'occasion de dire marée humaine avant dimanche soir. Tous les punks/métalleux/suintants d'alcools et autres fans en transe névrotique se sont déversés autour de nous dans une vague de sueur et de cris. J'ai particulièrement failli crever par cassage de cou et asphyxie quand un énorme gars saoul s'est couché de tout son poids sur moi pour basculer de l'autre côté (alors que mon cou était coincé entre la clôture de métal et son ventre gras). Il est tombé dans ce qui aurait probablement été un bruit mat si tout le monde ne hurlait pas comme des dingues, et comme il avait déjà à moitié sombré dans un coma éthylique, il s'est pas vraiment relevé et tout le monde l'a piétiné. Je crois que c'est ça qu'on appelle l'effet de foule, c'est-à-dire que plus tu mets de gens relativement intelligents ensemble, plus la foule que ça crée devient débile. Cliquez ici pour voir les extraits...
Iggy, plus 20 minutes: Les bouncers sont morts de rire parce qu'ils ne savent plus comment contrôler le monde. Ils menacent les gens qui n'ont pas réussi à monter sur scène (et qui sont donc entre la scène et la barrière) de les sortir par le côté, d'où il faut que tu retraverses toute la foule pour revenir en avant. Le chemin le plus court entre A et B étant la ligne droite, les aventuriers décident donc de retourner dans la foule en repassant par-dessus nous. Chaos total, la moitié des gens veulent entrer, la moitié des gens veulent sortir, je vois même pu Iggy tellement il y a de pieds puis de bras devant ma face. Je me retourne vers Claire, ensevelie sous deux filles qu'on sait pas trop ce qu'elles font. Nos regards désespérés se croisent. Je vois ses lèvres qui miment un "POGNE NOS SACS, ON S'EN VA!!!!!!", juste avant de crier des bêtises à une des deux filles. Évidemment, on a dérivé de plusieurs mètres sur la droite, nos sacs ne sont plus à portée de main, je m'abaisse donc à demander au gars-censé-nous-protéger-mais-qui-m'a-volé-ma-place-alors-je-lui-parlerai-plus-jamais de prendre nos sacs. Son visage est illuminé et serein, ça me rend agressive. Il prend nos sacs, et Claire et moi on se pousse illico.

Iggy, plus 25 minutes: On regarde la fin du show à plusieurs mètres derrière la foule, avec une bière que j'échappe presque par terre parce que je tremblote comme une feuille. Claire est morte de rire, moi je suis un peu en état de choc, et c'est comme ça que se termine l'histoire de la fois où j'ai failli mourir parce que je m'étais innocemment placée front row dans un show d'Iggy Pop. Comme l'a dit Iggy lui-même: Bon fucking soir!
Ce matin, je me réveille, j'ai des bleus partout sur les bras et sur les jambes (on voit pas très bien sur la photo, mais bon), je vibre encore, et j'ai jamais été aussi heureuse d'avoir risqué ma vie pour le rock and roll.
5 commentaires:
Merci Sophie pour ce texte extraordinaire!!!
Blandine
Malade!!!
C'était effectivement fou comme show. De la front row!??! Je comprends maintenant la rapidité à laquelle tu sortais de la foule quand je t'ai croisée. À part d'Iggy, quels ont été tes coups de coeur osheagiens?
En réponse à ton commentaire sur mon blogue: Oui, j'ai beaucoup aimé ma journée. J'y ai fait de belles découvertes et passé du bon temps. Mon résumé...La Patère rose me semble un groupe très prometteur (de Sherby en plus!!!) J'ai beaucoup aimé Metric, mais j'ai été si déçue que ça commence en retard. Ma découverte du festival: Devotchka. Vraiment intéressant, plusieurs influences multiculturelles. Autre coup de coeur pour The National Parcs. Ça bouge et j'aime ça! Faudrait juste leur dire que c'est pas très «winner» quand un band porte les t-shirts qu'ils vendent...Ah! et The Killers...ce fût bizarre. J'ai pas trop compris la scénographie. Tout de même, ils ont donné un bon show.
épique...
pat
Trop ri en lisant ça... pas le choix de te donner la tague Sophie!
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