Il y a des passages dans des livres ou des films qui m'ont marqué. Mais pas marqué comme dans carpe-diem-j'ai-trouvé-un-sens-à-ma-vie marqué. Plus marqué comme dans je-suis-plus-capable-de-voir-ou-manger-ou-sentir-ça-parce-que-ça-me-rappelle-un-bout-dégueu marqué. Plus marqué comme dans traumatisé marqué. Voici mon top 4, pas en ordre, parce que les traumatismes c'est inclassable:
- Dans L'art du maquillage, lecture obligatoire du cégep qui a fait dire à Coco "Je vais me kokisser une balle dans la tête avant la fin du livre parce que c'est trop plate", il y a un gars qui peint. Un moment donné, il peint une genre de droguée anorexique qui s'aime pas, et à force de la peindre (et de coucher avec je pense), elle apprend à aimer son corps à travers ses yeux pis elle commence à manger et à s'aimer et à la fin, le gars, il finit par plus la peindre parce qu'elle est rendue grosse et épanouie. Ça donne pas envie d'aimer son corps. Ni les garçons qui peignent.
- Dans une nouvelle de Stephen King, il y a un gars qui fait venir un monsieur pour tondre le gazon, et au lieu de le tondre avec une tondeuse, le monsieur se met tout nu et mange le gazon. Et je sais plus trop, je pense que le monsieur finit par passer sur le gars avec la tondeuse, pis ça finit que la dernière affaire que le gars sent, c'est l'odeur du gazon fraîchement coupé, et voilà depuis ce temps, l'odeur du gazon fraîchement coupé, ben ça me lève royalement le coeur.
- Dans le film Gummo, il y a un petit gars pauvre qui mange du spaghetti pendant que sa mère lui lave les cheveux dans le bain avec du savon qui sent les fraises. Beurk. Résultat, je ne suis pas capable de voir un verre d'eau sur la table si on mange des pâtes.
- Dans un livre pour enfant, il y a un gars dans un train qui passe parmi les bancs, et sur un siège, il y a quelqu'un qui a laissé une sphère d'une couleur nouvelle. Une couleur que personne a jamais vu avant. Et je sais pas pourquoi ça m'a terrifié, mais j'ai fait plein de cauchemars après où je voyais une boule d'une nouvelle couleur. Et me semble que c'est pas un bon présage.
Et en bonus, une anecdote pas traumatisante mais comme un peu mystique, sur laquelle j'ai longtemps médité... C'est dans Une bien étrange attraction, de Tom Robbins. C'est un livre assez sérieux, qui parle de l'Amérique des années 70, de la drogue, de la religion, de la direction du monde, un genre de Sur la route de Jack Kerouac.
Amanda et John Paul Ziller ont ouvert un resto à hot-dogs avec un petit cirque de puces sur le bord de la route. Il y a un gars, Marx, qui les aide. Et Marx raconte qu'un moment donné, il y a un gars qui est venu voir Amanda avec un gros melon, en lui disant que c'était un melon qui parlait et qu'il voulait lui vendre. Amanda s'est approchée du melon, et il y avait comme une voix haut perchée qui semblait parler, comme si ça venait de bien loin, et qui parlait de plan et de station. Le gars pensait que c'était les gens de l'espace qui essayait de les contacter. Mais Amanda était pas trop sûre si c'était le gars qui essayait de lui vendre le melon qui faisait une petite voix ou le melon qui parlait vraiment, alors elle lui a donné 2 piasses de dépôt et lui a dit qu'elle gardait le melon et que s'il parlait vraiment, elle lui donnerait le reste de l'argent le samedi suivant. Elle a laissé le melon sur le bord du comptoir et a vaqué à ses autres occupations. Pendant ce temps-là, John Paul Ziller est revenu et a mangé le melon parce qu'il était fatigué et avait faim. Et ça s'est fini comme ça. Sauf que le lendemain, John Paul Ziller a été aux toilettes, et il jure que sa première crotte lui a dit "Hello."
Ça laisse perplexe, hein?

1 personne ont quelque chose à ajouter:
Un étron qui parle.
Ça me rappelle avoir lu quelque chose du genre dans une biographie des musiciens de Frank Zappa – première mouture, Autour de 1969, le groupe commençait à faire un peu d’argent et un des membres s’était acheté une vieille bagnole à New York. Avant de retourner chez lui, il avait complètement fait revérifier son char par un pote mécanicien. De fait, le seul truc que son copain n’avait pas vérifié, c’était la panne à l’huile; mais il lui avait signifié que ça valait pas la peine, etc.
Bon. Notre musicien s’apprête à prendre la route vers l’Os en Gel… mais auparavant, il se paie un trip de champignons hallucinogènes, sur le bord d’un ruisseau, tout près du highway.
Puis, il entend une voix. Il se retourne : personne. Les pieds dans l’eau, par une belle journée d’août, un peu comme cet après-midi, comprends-tu ?
La voix reprend. Et il entend distinctement : « I am not gonna make it ». Il se relève, marche un peu et réalise que son char lui parle. La vieille Chrysler 55 lui dit qu’elle se rendra pas de l’autre bord du continent, toé !
Il demande, gentiment à son char, si c’est le carburateur : « No », si c’est le radiateur : « No », si les bréques vont lâcher : « no ». Puis, une long échange s’engage entre lui et son char sur la raison pour laquelle son char lui cacherait qu’est-ce-qui pourrait bien flancher en chemin.
Mais il demande pas si c’est la panne à l’huile.
Et comme de fait, la panne à l’huile l’a lâché pas longtemps après qu’il aie décidé d’embarquer sur la route.
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