
Vendredi, fin d'après-midi, je sors du métro, il fait soleil, il y a un gros revel d'effouaré à terre, et un fond d'odeur de boucane de cigarette fumée jusqu'au botch. C'est le printemps, que je me suis dit (même si je crois la théorie qu'il va neiger encore une fois avant l'été).
Ce soir, j'avais un souper de retrouvailles avec des filles que ça faisait plus de 8 ans que j'avais pas vu. Et c'est mon genre d'angoisser, de me sentir mal parce que comparée à elles j'ai peut-être une vie ordinaire, que je suis sur le chômage et que je dors toute seule dans mon lit et que mon salaire moyen (quand je réussis enfin à avoir une job) est de 12$ sans avantage sociaux et que je ne fais pas partie d'un band et que je n'aurai pas réalisé de film en compétition à Cannes d'ici 2 ans (Mathieu Kassovitz avait 27 ans quand il a réalisé La Haine, c'est pour ça que je dis ça, je fais bien de le préciser parce que ça restait quand même obscur comme affirmation) et que le highlight de ma vie c'est quand mon panier d'épicerie s'est fait kidnapper.
Et finalement non. On avait toutes des emplois différents, des relations de couple différentes, des animaux de compagnie différents, des bédaines différentes, des projets différents, des expériences différentes, des vies différentes, et c'était tellement pas grave. D'esthéticienne à ingénieure (à chômeuse), de couple solide depuis 4 ans à maîtresse (à relations imaginaires avec Mathieu Kassovitz), de ventre plein de bouffe ou avec un petit bébé dedans (à adipeux, mais qui a vraiment diminué depuis le secondaire), voilà, on n'avait rien à envier à personne parce qu'on était juste nous-mêmes. Et les seuls qui, selon nous, ont probablement unanimement raté leur vie, ce sont ces abruptis du secondaire qui se pensaient tellement cools.
C'est un message supra-nul parce que ça parle de gros bonheur graisseux dû au fait de s'assumer dans la vie, et je m'en fiche éperdument. C'est le printemps, mes genous sentent les amandes, j'ai découvert que j'aime furieusement la roquette, si j'ai jamais d'enfants j'achèterai un chat, si j'ai jamais de chum j'aurai une relation ambigue avec un gars marié, si je suis tannée je partirai en voyage, si j'ai envie de crier que je suis heureuse je l'écrirai sur mon blog. Et puis tanpis pour tous ceux pour qui le premier soleil de la fin mars n'aura pas fait fondre les idées noires comme un vieux revel sur l'asphalte.
Demain, ils annoncent de la pluie et du froid, je vous raconterai plus en détails l'histoire sordide de ma vie plate que j'ai eu peur de perdre parce que ma coloc a foutu un plat en métal dans le four micro-ondes. Mais juste demain.
1 commentaire:
hey, Sophie, juste envie de dire merci pour tout ça...
c'est bon comme une giclée de sève qui remonte d'un coup.
P. from Belgium
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