Cher Dr Freud,
Je vous écrit parce que je crois avoir un problème psychique probablement relié à un complexe d'Oedipe bien enfouit qui rejaillit. Je m'explique.
À Londres, où j'habite présentement, j'ai un coloc. Il s'appelle Stef et est bien gentil, bien que des fois il se conduise de façon un peu bizarre, comme la fois où il nous a fait la morale sur le fait de "rester alerte" quand on marchait tard le soir dans la rue, alors qu'il s'était lui-même endormi dans l'autobus de nuit cinq minutes avant et qu'on avait failli manquer notre arrêt.
Un gars bien normal bref, dans la moyenne, c'est-à-dire que comme un gars, il dit qu'il va faire des choses qu'il ne fait jamais (comme acheter un nouveau rideau de douche ou une corde pour susprendre un poster), mais comme c'est plein de bonnes intentions, moi, une fille qui trouve que quand tu dis que tu vas faire quelque chose trois fois de suite, tu devrais le faire, passe l'éponge.
Ah oui, pour comprendre le fin fond de mon histoire (désolée, c'est pas si compliqué que ça dans le fond mais comme il n'y a pas vraiment d'ordre chronologique, je suis perdue dans le contage de l'histoire), il faut savoir que j'ai pas encore vraiment d'amis à Londres. Je travaille dans une école, et les profs sont sympas, mais plus vieux que moi disons, c'est pas vraiment le genre de monde avec qui tu vas prendre une bière à la fin de la journée (ils se précipitent tous à la maison pour voir si leurs enfants vont bien, vous voyez le genre). Il y a le gars de qui j'ai sous-loué la chambre, Rob, qui est gentil aussi, mais je l'appelle pas vraiment pour lui raconter ma journée. Et il y a Stef, mon coloc, un peu la seule personne que si je m'étouffais avec un bonbon au sirop d'érable dans ma chambre, il réagirait en deça de 3 jours pour amener mon cadavre à l'hôpital.
Tout ça pour dire qu'aujourd'hui, je rentre à la maison vers 5h, bien épuisée de ma journée à faire du shopping dans Camden Market (je me suis achetée plein de trucs pas essentiels, je prendrai des photos un jour), et puis voilà, il semble y avoir quelqu'un dans la douche, alors je vais directement à ma chambre. Je laisse la porte ouverte, je suis en train de déballer mes trucs. Soudain je sens une présence derrière moi, je me retourne, et il y a une fille toute nue qui pensait que j'étais Stef qui part en courant. Pour couper le suspense et faire une histoire courte, c'était l'ex de Stef (qui, je l'ai appris hier, à un chum mais continue de voir mon coloc).
Et là, s'ensuit un ÉNORME malaise, et comprennez-moi bien, pas parce que j'ai vu une fille tout nue, de toute façon je l'ai pas vraiment vue, j'ai juste vu comme une ombre pas habillée. Et c'est pas de la jalousie non plus, je veux dire, je le trouve sympa le Stef, mais c'est pas vraiment mon âme soeur mettons. Non, je suis super mal à l'aise parce que j'ai l'impression d'avoir surpris mon père au lit avec sa maîtresse. Je sais qu'il peut ben faire ce qu'il veut, tant mieux pour lui même, mais dans le plus profond de moi j'ai le goût un peu de me rouler en boule, de pleurer pis de plus jamais lui parler de ma vie.
Et le plus pire de tout ça, c'est que je sais que c'est moi qui a un problème mental, et que si je le boudais pour ça je serais juste la dernière des connes. Mais c'est plus fort que moi. Il peut ben avoir une vie sexuelle active, et si c'est juste du blabla à propos des filles c'est bon. Mais de voir sa douce moitié, en chair et en os et pas de petit coton par-dessus, concrète et dans toute sa splendeur féminine, j'ai juste le goût d'appeler ma mère, pis de genre aller au zoo avec. D'acheter du pop corn au caramel pis de regarder les pingouins plonger dans l'eau froide. De boire de la limonade pis de pitcher des peanuts aux lamas.
Qu'est-ce que je fais, maintenant?
Merci de votre prompte réponse de l'au-delà, cher monsieur Freud.
Bisoux british,
Sophie xx
4 commentaires:
Opinion de docteure Blandine: il n'y a pas là de quoi t'alarmer. Il s'agit vraisemblement d'une petite régression causée par ton récent exil (générant notamment une certaine insécurité, d'où la projection de figures parentales...). :)
Huuummm.. tu fais bien de t'adresser à Freud et non à moi, parce que moi, j'ai pas de réponse... à part peut-être que puisque tu n'as pas encore de vrais amis à Londres, Stef faisait comme office d'ami en attendant, alors tu te sens trahie.. je sais pas je dis ça de même, je suis pas Freud...
Je ferais attention aux gens qui rentrent chez toi n'importe quand, si j'étais à ta place.
Surtout si ce sont des névrosés possessives!
C'est tu moi ça, la névrosée possessive? Pfff!
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