mardi 2 juin 2009

Un monsieur très vieux

Je crois que j'avais déjà écrit un message dans lequel je disais que j'aimais Gabriel Garcia Marquez. Bon, ben en v'la un autre.

Je suis en train de lire un recueil de nouvelles, et je voulais vous en raconter une. Parce que je suis une fille qui aime ça, les histoires. Surtout celles de Gabriel Garcia Marquez. Parce qu'il arrive toujours quelque chose d'extraordinaire à des gens ordinaires, qui s'en rendent pas trop compte et trouvent des solutions pratiques. Comme dans Cent ans de solitude, quand des gypsies arrivent au village avec des tapis volants, et tout le monde est tanné parce que les gens arrivent dans les maisons par la fenêtre après, mais quand les gypsies apportent de la glace pour la première fois, ÇA c'est vraiment hot.

Alors, la nouvelle, c'est l'histoire de la famille Pelayo, qui a un petit enfant qui fait de la fièvre. Un soir, au beau milieu de la nuit, pendant une tempête, monsieur Pelayo se promène dans son jardin, et il y trouve un vieux monsieur tout rabougri avec des ailes, qui est tout faiblard et parle dans une langue inventée. Au début, les Pelayo pensent que c'est un marin, parce qu'il a la voix d'un marin, mais la voisine leur dit:

"C'est un ange. Il venait sûrement pour le petit, mais le pauvre est si âgé que la pluie l'a flanqué par terre."

Alors les Pelayo sont un peu fâchés, ils veulent pas que l'ange parte avec leur petit, vous pensez bien, alors ils l'enferment dans le poulailler. Peu après, le petit se réveille, la fièvre est tombée, le danger est passé, alors les Pelayo décide de mettre l'ange sur un radeau avec trois jours de bouffe et de le laisser se débrouiller. Mais quand ils arrivent devant le poulailler, la voisine a déjà alerté tout le voisinage, et plein de gens sont réunis autour de la cage.

Le prêtre essaie de parler à l'ange en latin, mais l'ange s'en fout et reste dans son coin, avec sa langue inventée, à se faire sécher les ailes. Le prêtre fait alors un sermon à tout le monde sur les dangers de la crédulité, et "fit valoir comme argument que si les ailes n'étaient pas l'élément fondamental pour différencier un épervier d'un aéroplane, elles l'étaient encore moins pour différencier les anges." Il décide d'écrire à son supérieur pour en avoir la confirmation.

Les Pelayo ont la bonne idée de faire payer les gens pour qu'ils voient l'ange dans le poulailler. Il y avait des files monstres tous les jours de gens venus de super loin, juste pour voir l'ange, qui tournait en rond dans sa cage et mangeait de la bouillie d'aubergines. Les gens lui arrachaient les plumes, pour les garder comme reliques.

La correspondance du prêtre et de son supérieur sombre lentement dans une mer de détails. Est-ce que l'ange a un nombril? Ne s'agit-il pas simplement d'un Norvégien avec des ailes? Cet échange se serait poursuivit jusqu'à l'infini si un "événement providentiel n'avait mis fin aux tribulations du brave prêtre."

En effet, on présente aux villageois le spectacle de la femme-araignée. Il s'agit d'une tête de femme sur un corps d'araignée gros comme un mouton. C'est une fille qui a désobéi à ses parents et qui a été victime d'un mauvais sort.

"Sa seule nourriture était les boulettes de viande hachée que les âmes charitables voulaient bien lui jeter. Un tel spectacle, aussi chargé de vérité humaine et de châtiment épouvantable, devait ruiner sans le vouloir celui d'un ange méprisant qui daignait à peine regarder les mortels. Et puis, les rares miracles qu'on attribuait à l'ange révélaient un certain désordre mental, par exemple le cas de cet aveugle qui n'avait pas récupéré la vue mais auquel trois nouvelles dents avaient poussé, ou celui de ce paralytique qui n'avait pu marcher mais qui avait failli gagner le gros lot à la loterie (...)."

Et vu que c'était moins cher d'aller voir la femme-araignée, la cour des Pelayo redevient tranquillement paisible. Les Pelayo, qui avaient fait beaucoup d'argent, s'achètent plein de trucs.

Le petit Pelayo grandit, et il joue même dans le poulailler avec l'ange, qui ne se montre pas plus gentil avec le petit qu'avec les autres. Les deux eurent la varicelle en même temps. Quand le poulailler est tout détruit parce que personne ne l'entretient, l'ange prend l'habitude de se réfugier dans la maison. Quand on le chasse d'une chambre, il réaparaît quelques secondes plus tard dans la cuisine, si bien que madame Pelayo pense qu'il se dédouble et se multiplie dans la maison. Elle "criait comme une folle que vivre dans cet enfer plein d'anges était une calamité". Alors les Pelayo permettent à l'ange de dormir sous le hangar, pour qu'il leur fiche la paix. Sous le hangar, l'ange délire, et les Pelayo eurent peur qu'il meurt, parce que la voisine ne leur avait pas dit quoi faire avec des anges morts.

Mais l'ange survit à l'hiver, et reprend des forces avec l'arrivée du soleil. Des plumes commencent à lui pousser sur les ailes. Un jour, madame Pelayo coupe des oignons dans la cuisine, quand un grand vent entre par la fenêtre. Elle se penche pour regarder dehors, et voit l'ange en train d'essayer de s'envoler.

"Finalement, il réussit à prendre de l'altitude. Elle laissa pousser un soupir de soulagement, pour elle et pour lui, quand elle le vit passer au-dessus des dernières maisons, se soutenant tant bien que mal par un battement d'ailes hasardeux de vautour sénile. Elle continua de le voir jusqu'au moment où elle acheva de couper ses oignons, et elle le vit encore alors qu'il n'était plus possible de le voir, car il n'était plus un embarras dans sa vie, mais un point imaginaire sur l'horizon de la mer."

7 commentaires:

Anonyme a dit…

merci, sophie

pat

Anonyme a dit…

C'est fou comme on aime les mêmes trucs: Garcia MArquez, Avec Pas de Casque...

Tu dois être comme une jumelle cosmique.

axiltic

Anonyme a dit…

Dans un autre recueil, j'aime aussi celle de l'homme qui se promène partout avec une valise qui contient le cadavre de sa fille qui n'a pas changé deuis son décès, on dirait qu'elle va se réveiller...

toujours axiltic mais qui s'appelle tenche pour ce message

Sophie Cheveux-Magiques a dit…

Ou celle où une classe complète d'enfants a été retrouvée morte noyée, parce que les jeunes avait empli toute la maison de lumière pour s'y baigner, en brisant les ampoules, sans maîtriser l'art de la naviguation sur la lumière.

Anonyme a dit…

Où celle, effroyable, de la femme qui se retrouve par erreur dans un asile...

recodown (aujourd'hui)

Anonyme a dit…

Sophie, ça vient d'où les deux nouvelles dont tu parles, je les connais pas. UN nouveau recueil?

Sophie Cheveux-Magiques a dit…

Celle de l'ange c'est dans "L'incroyable histoire de la candide Erendira et de sa grand-mère diabolique", et celles des enfants qui se baignent dans la lumière, de la valise et de la femme à l'asile, c'est dans "Douze contes vagabonds". Il y en a des moins bonnes par exemple, même qu'il y en a une que je n'ai vraiment pas compris ("Maria dos Prazeres", si quelqu'un l'a lue et veut me l'expliquer... C'est qui qui arrive à la fin?).